Jean Baudrilard, Philosopher & Sociologist , Dies Today at 77

(March 6, 2007)

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Jean Baudrillard , French sociologist and philosopher, has died today aged 77 at his home in Paris, 6, rue Saint Beuve, 75006 at 4h20 pm. The funeral ceremony will be on Tuesday, March 13, 2007 at 10:30 am at Montparnasse Cemetery

Radio Interview with Jean Baudrillard held by Elisabeth Levy on 4 parts of 20 minutes each ["Premier pouvoir" diffusé sur France Culture le 24 décembre 2005 et présenté par Elisabeth Levy et Gilles Casanova. "Qui a tué la réalité ?", avec Jean Baudrillard, Antoine Perraud et Jean François Colosimo]



Video I: Interview with Jean Baudrillard taken on 2000 in Oslo by Truls LIe, editor of Swedish Le Monde diplomatique   


Video II : Watch TV show "Ce soir ou jamais" sur France 3 du jeudi 10 mai 2007 à propos Jean Baudrillard 

Invités:

Ludovic Léonelli, historien
Élève de Baudrillard, Ludovic Leonelli est l’auteur d’un livre consacré au philosophe récemment disparu : "La séduction Baudrillard" publié en 2007 aux éditions ENSBA. Cet ouvrage, illustré de portraits de Jean Baudrillard, est accompagné en annexe de documents d’archives, notamment les articles parus dans Libération.

Robert Maggiori, professeur de philosophie et journaliste
Professeur de Philosophie et journaliste à Libération où il dirige la rubrique Philosophie, Robert Maggiori est l’auteur de "La Philosophie au jour le jour" paru en 2001 chez Flammarion, il a également dirigé avec Christian Delacampagne "Philosopher", recueil en deux volumes publié en 2000 aux éditions Fayard. Son dernier ouvrage, "A la rencontre des philosophes : 100 chroniques de Libération", a été publié chez Bordas en 2005.

Jean Baudrillard's Quotations in English



 

N°2210 Nouvel Observateur, SEMAINE DU JEUDI 15 MARS 2007

Pour Baudrillard  

Le penseur de renommée internationale, décrypteur des paradoxes contemporains, vient de disparaître à 77 ans. Témoignages

Ce patrouilleur de l'irréel
 
Edgar Morin

Baudrillard est arrivé au Centre d'Etude des Communications de Masse de l'EHESS à la fin des années 1960. Le Centre était dirigé par Georges Friedmann assisté de Roland Barthes et de moi-même. Baudrillard fut-il attiré par Barthes ou est-ce Barthes qui l'attira au Centre ? Je ne sais.

Etant à cette époque voué à l'anthropologie complexe, je ne fis guère attention à son travail. Il m'offrit « le Système des objets » que je lus avec vif intérêt, ce que je lui ai exprimé en ces termes : «C'est génial mais c'est dingue!»

Il a fallu attendre des années pour qu'on se lie, d'abord au Mexique autour de nombreuses margaritas (breuvage que j'eus la fierté de lui faire découvrir), puis au Brésil autour de nombreuses caipirinhas. Ainsi, nos personnes se sont rencontrées alors que nos oeuvres ne se rencontrèrent pas. Une affection réciproque est venue, qui se manifeste spontanément lorsque l'un d'entre nous est victime d'un coup du sort.

Je suis fasciné par ce qui fascine Baudrillard, qui à sa façon a été envoûté par le problème de la faible réalité de la réalité, à notre époque de plus en plus dominée par le technique, le médiatique, les développements du virtuel et du numérique.
 
C'est en d'autres termes que le problème de l'insuffisance de réalité de la réalité s'est posé depuis des siècles. La réalité perceptible et sensible semble immédiatement évidente à l'esprit humain : toutefois un deuxième regard réflexif la met en question.

Cela est arrivé souvent en Orient et parfois en Occident.

La pensée indienne élabora la notion de maya, ensemble d'illusions qui désigne cette réalité.
Dans la pensée bouddhiste, le samsara, monde impermanent, incertain et fragile de nos existences, est opposé au nirvana, vraie réalité mais réalité inconcevable, dépourvue de toutes déterminations et qui nous apparaît alors soit comme le vide absolu, soit comme le plein absolu, ces deux notions coïncidant l'une en l'autre comme l'avait marqué Hegel pour l'être et le non-être.

En Occident, Héraclite avait mis l'accent sur l'impermanence de toutes choses, et Platon avait conçu notre réalité à l'image d'ombres dans une caverne. Plus tard, Kant avait fait de la réalité du monde phénoménal un produit des puissances organisatrices de notre esprit, la vraie réalité demeurant inconnaissable.

La connaissance du cerveau, au XXe siècle, confirmait à sa façon la conception kantienne : notre perception n'est pas un reflet de la réalité, mais une traduction/reconstruction cérébrale des stimuli reçus par nos sens. Notre perception du réel est toujours représentation.

Le grand et incertain problème de la réalité est repris à sa façon par Jean Baudrillard. Pour lui le monde des objets industriels, de la technique, des médias et aujourd'hui du numérique crée une fausse réalité qui, devenant envahissante, devient la seule réalité. Et avec la diffusion et l'extension du virtuel, le comble de l'irréalité devient le comble de la réalité.

Le seul moment de réalité, comme on pourrait dire « moment de vérité », est lorsque pour Baudrillard la réalité jaillit comme un big-bang dans l'effondrement des Twin Towers le 11 septembre 2001. Y aurait-il pour Baudrillard un réel caché, voilé, que l'on pourrait rechercher, retrouver ? Il ne semble pas.

Il n'y a pas à chercher une issue (progressiste, réaliste) ; il y a seulement la nécessité de maintenir un regard non pas critique (pour lui la pensée critique est dépassée) mais ouvert et lucide.

Il n'y a pas d'amertume, mais de plus en plus un paisible désespoir.

Il y a cette idée non pas qu'on est proche de la fin, mais que la fin est déjà, et Baudrillard vit une apocalypse de père tranquille.

Pour moi, la vertu de Baudrillard se trouve dans son travail déréalisateur ; en excellant à désagréger les évidences, il nous éveille, stimule et excite.

Toutefois vient le moment où il exagère. Dire que la guerre du Golfe n'aura pas lieu, puis n'a pas eu lieu, est une grosse exagération. Mais il est vrai qu'il y eut beaucoup d'illusions dans cette guerre.

Baudrillard est emporté par une dialectique incessante où le réel et l'irréel se déversent l'un dans l'autre sans que l'un puisse se saisir à l'état pur. Pour ma part, je verrai autrement : le réel et l'irréel sont l'un en l'autre, l'un constitutif nécessaire de l'autre.

Leur relation est aporétique plus que dialectique, et je ne peux échapper à cette contradiction ; pour moi, notre univers d'existence, de souffrance, de joie, d'amour, est à la fois absolument réel et absolument irréel. Dans son mouvement de déréalisation et de déconceptualisation, Baudrillard patrouille comme tout vrai penseur aux limites du dicible, du concevable, du pensable.


Edgar Morin vient de publier un dialogue avec Nicolas Hulot : « l'An I de l'ère écologique », chez Tallandier.


Le texte que nous publions est extrait du remarquable « Cahier de l'Herne » consacré à Jean Baudrillard en 2005.
Signalons la prochaine publication le 5 avril 2007 du dernier texte de Jean Baudrillard, « Pourquoi n'a-t-il pas disparu ? », dans la collection des « Carnets de l'Herne ».